BienPrêter : les questions que personne ne pose sur la plateforme au 0% de défaut

⚠️ Cet article repose sur des sources publiques (societe.com, Pappers, analyses indépendantes). Il ne constitue pas une accusation. L’objectif est de poser des questions que tout investisseur sérieux devrait poser avant de placer son argent. La réponse du dirigeant est intégrée.

Le décor : une plateforme aux statistiques parfaites

BienPrêter, c’est une plateforme de crowdlending qui permet de prêter de l’argent à des PME en échange d’un rendement. Sur le papier, tout est impeccable : des taux attractifs, des projets variés, et surtout, fait rarissime dans le secteur, un taux de défaut affiché à 0%.

La société qui l’édite s’appelle ULENDS. Son président et actionnaire : Michael Martin. Elle détient un agrément PSFP (Prestataire de Services de Financement Participatif), le sésame européen qui régule les plateformes de ce type depuis 2023.

Tout va bien, donc ? Pas tout à fait. Quand on remonte la chaîne, qui prête, qui emprunte, et surtout : sont-ils liés ? des questions émergent. Des questions légitimes, publiques, et que je ne vois pas souvent posées.

Le point qui coince : qui emprunte vraiment sur BienPrêter ?

Selon l’analyse détaillée publiée par Immocompare, dont les chiffres s’appuient sur les registres publics, une part très significative des fonds levés sur la plateforme, de l’ordre de 40 à 50%, serait partie vers des sociétés du groupe Promup.

Et Promup, historiquement, c’est le groupe de Michael Martin lui-même, le président d’ULENDS/BienPrêter.

Autrement dit : le patron de la plateforme pourrait être, via son groupe, le principal bénéficiaire des fonds que toi, investisseur, tu y places. C’est ce qu’on appelle un conflit d’intérêts. Pas une fraude. Un conflit d’intérêts. La nuance est importante, mais le problème l’est tout autant.

« Oui mais il a vendu Promup, non ? »

C’est exactement ce que Martin met en avant. Et c’est vrai : au moment de l’obtention de l’agrément PSFP, qui impose justement de limiter les conflits d’intérêts, il a cédé Promup à Ludivine Boilevin, son ancienne bras droit. Les documents juridiques sur Pappers confirment la vente.

Sur le papier, Martin n’a plus de parts dans Promup. Dossier clos ?

Pas tout à fait. Voilà ce que montrent les documents publics :

  • Boilevin et Martin apparaissent avec la même adresse de résidence dans les actes officiels.
  • Ils détiennent ensemble, à parts égales, plusieurs SCI, donc des biens immobiliers en commun.
  • Les sociétés Promup auraient été cédées à la valeur nominale des actions, soit environ 18 200€. Pour un groupe présenté comme en hyper-croissance, c’est un prix qui interroge.
  • Aucune dette long terme visible ne permet d’expliquer le financement de ce rachat. Un LBO sans dette, c’est inhabituel.

Vendre sa boîte à quelqu’un avec qui on partage une adresse et un patrimoine immobilier, à un prix symbolique, sans trace de financement… Les questions restent ouvertes.

La version du dirigeant, parce que c’est important de la donner

Michael Martin a répondu aux questions soulevées par ces analyses. Sa position :

  • Il vit à Monaco. L’adresse française commune est là pour des raisons réglementaires (obligation de résider en France dans le cadre de l’agrément).
  • Il n’entretient que des relations professionnelles avec Mme Boilevin.
  • Le seul conflit d’intérêts qu’il reconnaît : il détient les locaux de Promup via une SCI.

Je donne cette version parce qu’elle fait partie du dossier. À chacun de juger si elle referme les questions. Personnellement, je pense qu’elle les déplace plus qu’elle ne les ferme.

Le vrai risque pour ton argent

Au-delà des questions de gouvernance, il y a un risque concret de concentration. Si 40 à 50% des fonds placés sur BienPrêter dépendent d’un seul écosystème (Promup et ses satellites), tu n’es pas diversifié. Du tout.

Le jour où Promup rencontre des difficultés, ce n’est pas un projet qui tombe. C’est potentiellement la moitié de la plateforme.

Et les comptes publics de Promup (disponibles sur Pappers) montrent des créances clients qui gonflent plus vite que le chiffre d’affaires. Traduction possible : une entreprise qui se fait mal payer, qui vit sous perfusion de financements externes, et qui a besoin de lever régulièrement pour tenir.

Le problème de transparence sur les projets

Sur de nombreux projets présentés sur BienPrêter, les observateurs pointent l’absence :

  • De comptes officiels de l’emprunteur
  • De contrat de prêt détaillé accessible à l’investisseur
  • De trace des factures que tu es pourtant censé financer (dans le cadre du financement de créances)

Comment vérifier que les fonds servent bien à financer l’activité réelle… et pas à rembourser une dette précédente ? Sans preuve, tu ne prêtes pas. Tu paries.

Le fameux 0% de défaut : rassurant ou suspect ?

Un taux de défaut à zéro, dans le crowdlending aux PME, ça ne se voit pas. Jamais. Les meilleures plateformes du marché, celles qui ont 10 ans de recul, affichent des taux entre 1 et 5%.

Pendant que le compteur affiche zéro, des observateurs signalent pourtant des signaux d’alerte : un emprunteur en redressement judiciaire, une société récente et lourdement financée aux indicateurs très négatifs.

Un taux de défaut vierge sur du prêt risqué aux PME, ce n’est pas un exploit. C’est mathématiquement suspect. Soit la plateforme est très jeune et n’a pas encore assez de recul (et le 0% n’a alors aucune valeur statistique), soit des défauts existent mais ne sont pas comptabilisés comme tels.

⚠️ La nuance obligatoire

Dire que BienPrêter est « une arnaque » serait inexact et diffamatoire. La plateforme a un agrément PSFP en bonne et due forme, des investisseurs satisfaits, et les meilleures statistiques affichées du marché. Le problème soulevé ici n’est pas la légalité de l’activité. C’est l’alignement des intérêts et l’absence de preuves vérifiables, deux choses qu’un investisseur sérieux doit exiger avant de placer un euro.

Mon regard

Je n’investis pas sur BienPrêter. Pas parce que j’ai la preuve d’une fraude, je ne l’ai pas, et personne ne l’a. Mais parce que les questions soulevées ici sont suffisantes pour que je préfère placer mon argent ailleurs, sur des plateformes où je peux vérifier indépendamment qui emprunte, combien, et dans quel état financier.

La leçon que j’en tire, et que j’applique à toutes mes analyses : remonte toujours la chaîne. Qui gère la plateforme ? Qui emprunte ? Sont-ils liés ? Deux minutes sur societe.com et Pappers peuvent t’éviter de gros ennuis.

📌 À surveiller si tu es déjà investi

  • L’évolution des comptes de Promup sur Pappers (créances clients vs CA)
  • Les éventuelles procédures judiciaires sur les emprunteurs en portefeuille
  • La publication ou non de comptes vérifiables sur les nouveaux projets
  • L’évolution du taux de défaut déclaré dans les rapports PSFP

Sources : societe.com, Pappers, analyse Immocompare, réponses publiques de Michael Martin. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement. Les informations présentées sont issues de registres publics. Faites vos propres recherches avant tout placement.

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